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Deize Tigrona et DouceSœur:
«Le public suisse apprécie le funk carioca»
— Entrevista de Julie Bauer de ©PuntoLatino a las artistas Deize Tigrona (Brasil) y DouceSœur. Nyon , julio 2026.
Quand la reine brésilienne du funk carioca s’allie aux sets thérapeutiques d’une DJ d’origine antillaise, cela crée une association explosive, pleine d’énergie mais aussi l’occasion de lancer de messages forts. Rencontre avec Deize Tigrona et DouceSœur dans le cadre du Paléo Festival de Nyon. Nyon, julliet 2026.

— Comment vous sentez-vous à quelques minutes de monter sur la scène de Belleville, au Paléo Festival de Nyon?
— DouceSoeur (DS): Je suis trop pressée, j’ai trop hâte.
— Deize Tigrona (DT): Je suis un peu stressée, mais heureuse.
— Comment voyez-vous le public suisse ? Pensez-vous qu’il sera réceptif aux sonorités funk carioca et antillaises?
— DT: Ce n’est pas la première fois que je me produis en Suisse. Je pense que le public va aimer, car il y a beaucoup de personnes qui me disent qu’elles apprécient mes titres et le funk.
— DS: Je me suis déjà produite en Suisse lors du PALP Festival où le public était extrêmement réceptif, donc je pense qu’il y a des gens qui auront envie de nous voir et de danser.
— Comment arrivez-vous à transmettre vos messages face à un public qui n’est peut-être pas initié aux thématiques abordées et malgré la barrière de la langue?
— DS: Quand on est DJ, selon moi, on peut aussi avoir une sorte de rôle de journaliste, transmettre des informations, raconter des histoires. En tant que personne caribéenne et queer, cela va passer par le choix des sons. Je vais beaucoup mettre en avant des musiques composées par de personnes afro-descendantes, notamment des musiques caribéennes, latines, ou d’Afrique du Sud, pour justement mettre en avant certains artistes et des genres musicaux que les gens ne connaissent pas forcément.
— DT: La musique est transformatrice. Beaucoup de personnes queers me disent être sensibles à mes textes et à mes sons. Ceci leur a donné de la force et du courage pour s’ouvrir auprès de leur famille. Le message que je souhaite vraiment faire passer est que les personnes aient le courage d’être elles-mêmes.
— Comment est venue l’idée de cette collaboration?
— DS: Je connaissais déjà le travail de Deize que je trouve remarquable. Cette année, nous devions toutes les deux jouer au Festival Parallèle, et Deize avait besoin d’une personne pour mixer durant sa prestation. Nous avons eu cette première collaboration qui s’est vraiment très bien passée, on s’est très bien entendues. Suite à cette expérience, nous avons donc commencé à travailler ensemble. Cela fait vingt ans que Deize fait ce travail et est invitée sur des grandes scènes. C’est pour moi une opportunité magnifique de la suivre. En plus, je souhaite apprendre le portugais et elle aimerait apprendre le français. Tout est donc parfait !
— Comment vous partagez-vous le set?
— DS: Deize chante au début pendant 45 minutes, puis je mixe pour garder l’ambiance que Deize a créée. En quelque sorte, elle met le feu et moi j’entretiens la braise!
— DouceSoeur, vous qualifiez vos sets de thérapeutiques, avez-vous l’ambition de soigner les gens?
— Je suis une militante afro-queer et une des choses importantes pour moi dans le militantisme est de prendre soin de ma communauté et des gens. Cela me tient à cœur. Pas d’une façon individuelle, telle que faire une retraite de yoga ou autres, mais se faire du bien ensemble pour avoir la force de lutter ensemble. De ce fait, voir les gens avoir cet espace de respiration qui permet de se redonner de la force pour la suite, et avoir des spectateurs qui me disent après le concert que cela leur a fait du bien, tout cela m’a beaucoup inspirée lors de mes débuts, car c’est quelque chose qui revenait beaucoup. Le fait de voir ton énergie et l’énergie envoyée au gens, cela me fait beaucoup de bien, cela m’a un peu soignée et c’est comme cela que j’ai commencé à faire des blagues en disant que c’était thérapeutique. Mais je n’ai évidemment aucun diplôme de soignante (rires).
— Un mot sur vos engagements?
— DS: Étant une personne noire, queer, d’origine de la banlieue parisienne, et issue d’une ancienne colonie, il ne s’agit pas d’un engagement, il n’y a pas le choix. Pour exister et avoir une vie un peu saine et belle, il n’y a pas d’autre solution que de s’engager et de parler de nous. Être représenté c’est un moyen de sensibiliser et de combattre l’ignorance.
Fotografías
1) Deize Tigrona au chant, DouceSoeur aux platines. © Paléo, Nicolas Patault
2) DouceSœur et son set thérapeutique. © Paléo, Nicolas Patault
3) Deize Tigrona, DouceSœur et Julie Bauer de ©PuntoLatino
