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Marara Kelly: «De la Suisse, je tire mon inspiration de la nature qui est très présente et englobante»
— Entrevista de Julie Bauer de ©PuntoLatino a la artista Marara Kelly (Brasil), en el Paléo Festival Nyon 2026.

Juste après avoir mis le feu en ouverture de la journée du samedi du Paléo Festival de Nyon, avec son baile funk et sa technobrega, la Brésilienne Marara Kelly nous raconte son attachement pour sa terre natale, ses liens avec la Suisse et sa passion pour la transmission de la culture amazonienne à travers la fête.
— Comment vous sentez-vous après ce set de début de journée, qui accueillait les visiteurs du Paléo?
— Je me sens bien, j’étais remplie d’adrénaline. J’ai pu aussi me défouler en dansant par la suite en assistant à d’autres sets. Je me sens soulagée que tout se soit bien passé. J’avais peur que le public soit clairsemé du fait d’être programmée en ouverture du lineup de la journée, mais il y avait quand même du monde, donc cela m’a fait beaucoup de bien.
— Comment avez-vous trouvé le public du Paléo?
Il était enthousiaste ! Il y avait notamment des communautés latines, parmi elles mes amis, des gens du Brésil, d’Uruguay et d’Équateur. Il y avait aussi un groupe de Brésiliens avec un drapeau et des personnes qui venaient de ma région d’Amazonie, le Pará, qui chantaient sur ma musique.
— C’était un petit peu comme jouer à domicile, puisque vous habitez à Genève?
Oui et non. Oui, car mon groupe d’amis est venu me voir et cela change tout, puisque quand je vais jouer ailleurs, je suis souvent seule. Je peux m’ambiancer avec un public que je ne connais pas, je n’ai aucun problème avec cela, mais sentir la présence de mon groupe, c’est différent. Par contre, là où je ne me sens pas comme à la maison, c’est qu’il s’agit d’un gros festival. Même si j’ai déjà joué dans de gros festivals, Paléo est une des plus grandes dates de ma tournée, donc c’est quelque chose d’inhabituel.
— C’est aussi différent de jouer en plein air, par rapport aux salles fermées?
Ce n’est en effet pas la même chose. Je suis plus habituée à me produire en salle, mais l’open air n’est pas une nouveauté car j’ai déjà fait plusieurs festivals de ce type en Suisse, tels que le FAR Festival ou le Festival de la Cité.
— Vous êtes née au Brésil, en Amazonie, et dans votre set vous évoquez des corps en transit entre les fleuves amazoniens et les lacs suisses. Comment ressentez-vous cette transition, ces différences quand on passe d’une ambiance à l’autre?
— C’est dur. L’écart entre mon chez-moi et la Suisse est vraiment énorme, mais la Suisse n’est pas mon premier mouvement migratoire. J’ai vécu dix ans à Rio, puis quelques années en France. De part tous ces mouvements, j’ai développé des outils pour trouver un moyen de faire se rapprocher les gens de mon chez-moi. Il s’agit aussi d’un hommage au manque que je ressens par rapport à mon chez-moi.
— Quels sont les éléments du Brésil et quels sont ceux de la Suisse qui influencent votre travail? Quel est le lien entre les deux cultures?
— Il y a énormément d’éléments brésiliens car ils sont la base de mes recherches artistiques. Il y a la musique, les scènes nocturnes, la fête extravagante. La fête est un composant très important de la culture brésilienne. Il y a aussi les diasporas religieuses et des esthétiques latines. Au Nord tu Brésil, nous avons aussi beaucoup de relations avec les Caraïbes. Cela influence la musique, les couleurs, les vêtements, etc. De la Suisse, je tire mon inspiration de la nature qui est très présente et englobante. J’ai aussi beaucoup appris grâce aux modes de production, la force que la culture a ici, la place accordée aux associations, et les moyens mis à disposition pour nous permettre de performer notre art. Ce pays m’a beaucoup appris et m’a aussi beaucoup donné en tant que professionnelle.
— La fête justement. Vous vous définissez comme une entité festive. Est-ce que votre principal moteur est de transmettre cette énergie festive?
— Oui, complètement. Mon objectif est de faire en sorte que les gens bougent. Cette musique est très séduisante. Elle va chercher les gens. La danse est une manifestation culturelle, artistique mais aussi tellement spirituelle, dans un sens. Lorsque l’on danse ensemble il y a quelque chose de fort qui se produit. C’est ma motivation principale. Après je pense qu’à côté de cela il y a aussi le fait que je suis une femme non normative, selon plusieurs aspects. Pouvoir occuper ces espaces et prendre la place, être au centre de cette proposition est quelque chose qui me motive beaucoup.
— Vous décrivez le remix de la pop mondiale comme un geste de réappropriation et de décolonisation. Pouvez-vous nous expliquer ce concept?
— Lorsque j’ai commencé à mixer il y a dix ans, c’était parce que les gens à Rio ne connaissaient pas la musique qui venait de chez moi, en Amazonie. Il faut dire que la région du Sud-Est du Brésil, Rio, Sao Paolo, etc. est érigée en centre culturel du pays. Tout le reste est considéré comme périphérique. Avec mon collectif XÊPA composé de trois femmes, Myra Mara, Anette Canivette, et moi-même, nous avons commencé à mixer et produire des soirées à Rio avec cette finalité de diffuser la musique de nos régions respectives. A l’époque, lorsque l’on commençait à jouer, les pistes se vidaient complètement parce que les gens ne connaissaient pas ce type de musiques et n’y étaient pas attachés. Nous avons ainsi compris qu’en remixant ce genre de beats disruptifs et différents, en y incluant des éléments pop, on arrivait à embarquer les gens grâce à leur mémoire affective, leurs souvenirs et leurs expériences. Ensuite, lorsque je me suis rendue en France, le résultat était le même, pareil en Suisse. Moi j’adore la culture pop mais elle est tout de même hégémonique. Le remix est un outil puissant qui nous permet d’utiliser cela pour amener les gens ailleurs. Les styles de musiques que je mixe le plus sont la technobrega et le baile funk. Cette pratique est très présente car on nous fait avaler cette culture hégémonique mais nous on la régurgite d’une autre manière avec le beat qui part de nous. Et je trouve cela très décolonial d’amener cela ici et de twister cette référence.
— Quels sont vos projets pour les prochains mois?
— Je vais sortir un nouvel EP ce lundi qui s’appelle “Remix de Outro Mundo” et qui a été principalement produit par plusieurs producteurs de ma région du Nord du Brésil. Ce sont des personnes que j’admire beaucoup, dont j’ai mixé les oeuvres pendant plus de dix ans et nous avons maintenant des sons ensemble. Nous prévoyons aussi la première tournée de XÊPA, l’année prochaine, en Europe.
Fotografías
1) Marara Kelly durant son set au Paléo Festival de Nyon. © Paléo, Anne Colliard
2) Marara Kelly sait mettre l’ambiance ! © Paléo, Anne Colliard
3) Marara Kelly et Julie Bauer de ©PuntoLatino.
