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Gotan Project : «Au mois d’octobre, nous fêterons les 10 ans de La Revancha del Tango» 


— Entrevista de Julie Bauer © de PuntoLatino, Ginebra 25.01.11. —

Gotan Project, le trio franco-helvético-argentin, fêtera en octobre prochain les 10 ans de la sortie de «La Revancha del Tango». A l’occasion de la tournée mondiale de l’album «Tango 3.0», le groupe a fait escale en Suisse. Puntolatino est allé à la rencontre du Français Philippe Cohen Solal, du Suisse Christoph H. Müller et de l’Argentin Eduardo Makaroff dans les coulisses du Théâtre du Léman à Genève.



— Vous êtes actuellement en tournée mondiale avec votre dernier album «Tango 3.0». Ce soir, vous vous produisez à Genève. Est-ce un sentiment spécial de jouer à domicile?

— Christoph H. Müller (CHM): Oui! De plus, Genève est, en quelques sortes, la porte d’entrée de la Suisse.

— Le public suisse est-il différent du public argentin?
— CHM: Le public suisse applaudit plus lentement! (rires). Je dirais qu’il se situe entre le public japonais et le public colombien.
— Eduardo Makaroff (EM): Pour moi, les Suisses sont étranges, mais dans le bon sens! Ils ont un caractère spécial. Dans ce pays tout marche bien. C’est formidable!
— CHM: Les Suisses ont une bonne culture musicale.

— Comment est perçue votre musique en Argentine, et parmi les puristes du tango?
— Philippe Cohen Solal (PCS): Tout d’abord, il faut dire que nous faisons partie de ceux qui aiment le plus le tango. Nous pensons qu’il a plus à gagner à s’ouvrir qu’à se fermer. Les puristes, au contraire, le ferment et le cristallisent, en pensant qu’il est bien comme il est, et qu’il ne faut pas le toucher. Quand on aime la musique, on aime la voir évoluer. C’est comme une femme: si on l’aime on veut lui faire rencontrer le monde et non pas la laisser enfermée à la maison.
— EM: En Argentine, nous avons beaucoup de succès. Là-bas, la réalité musicale a changé grâce à notre musique. Nous sommes les catalyseurs du mouvement électro tango. Le tango est une tradition très importante en Argentine, et être puriste est une contradiction en soi, car le tango est issu d’un mélange d’origines et de genres.



— Le nouvel album se nomme «Tango 3.0», est-ce pour symboliser la venue d’une nouvelle ère du tango?
— EM: Ce titre est une allégorie de ce qui va être. Internet est né 1.0 puis est entré dans l’interactivité avec l’avènement de l’ère 2.0. «Tango 3.0» représente donc une interrogation, un clin d’œil. Il est question de pressentir l’avenir, d’effectuer un travail entre l’ancien et le moderne. C’est Philippe qui a proposé ce titre et nous avons adoré l’idée car, en plus, nous sommes trois.
— PCS: Le chiffre trois est, par ailleurs, important dans «La flûte enchantée» de Mozart. Il est aussi considéré comme le «lucky number».
— CHM: Cette thématique de l’avenir et du passé me fait penser à une très jolie citation de Louis Aragon que j’ai découverte dernièrement: «J’ai réinventé le passé pour voir la beauté de l’avenir».
— EM: Et, comme le dit aussi le musicien Juan Carlos Cáceres: «La modernidad está en los orígenes» (C'est dans les origines que se trouve la modernité).



— Dans ce disque vous rendez hommage à l’écrivain argentin Julio Cortázar, quelqu’un qui vous ressemble pour avoir aussi partagé sa vie entre l’Argentine et Paris. Que vous évoque cet écrivain?
— PCS: Julio Cortázar, que je considère comme l’un des plus grands écrivains, habitait à Paris, rue Martel, dans la même cours que notre studio d’enregistrement. C’est donc à cette adresse que Gotan Project est né et que Julio Cortázar est mort. Au-delà de cette anecdote, et à travers «La Rayuela», nous avions envie de parler d’autre chose que de musique ou de politique. Dans nos précédents albums, nous avons inséré les voix d’Eva Perón, du Che, etc, cette fois-ci nous avons celles de Julio Cortázar et de Victor Hugo Morales. Nous voulons avant tout montrer que derrière le tango, il y a l’Argentine et toute une culture.

— Dans cet album intervient aussi Victor Hugo Morales, le célèbre commentateur de football argentin, comment est née cette collaboration?
— EM: Victor Hugo Morales venait souvent à Paris. Un jour, nous lui avons soumis le projet. Nous avons enregistré le titre en Argentine. Victor Hugo Morales n’est pas seulement un commentateur de football, il est aussi un grand intellectuel de la radio. Nous sommes fiers de ce morceau, qui est vraiment réussi. «La Gloria» est une autodérision, un moment du disque durant lequel nous parlons moins de politique et de littérature.

— Quelle est votre source d’inspiration? Comment découvrez-vous de nouveaux sons?
— PCS: Nous écoutons beaucoup de musiques différentes. Nous provoquons des rencontres entre les différents styles: le blues, la nueva cumbia, le tropical base, le crunk qui est un genre très urbain.
— CHM: C’est très éclectique. Nous essayons d’établir des passerelles entre les genres.

— Quels sont vos projets pour 2011?
— PCS: Nous allons tourner en Asie puis, cet été, nous nous produirons dans différents festivals en Suisse, avant de partir pour l’Amérique du Sud. Ensuite, au mois d’octobre, nous fêterons les 10 ans de la sortie de «La Revancha del Tango». A cette occasion, nous effectuerons une relecture de l’album par la nouvelle scène, telle que la nueva cumbia. Nous préparons beaucoup de surprises!



[Philippe Cohen Solal, Christoph H. Müller, Eduardo Makaroff de Gotan Project y nuestra redactora Julie Bauer]


Concert de Gotan Project, Théâtre du Léman, Genève
Un public nombreux s’est pressé au Théâtre du Léman de Genève pour assister au concert de Gotan Project le 24 janvier 2011. En lever de rideau, le groupe genevois Aloan a tôt fait de chauffer la salle avant l’arrivée des trois maîtres de l’électro tango qui choisirent d’attaquer directement par l’un de leurs plus grand succès, «Época». Les sept musiciens ont ensuite emmené les spectateurs dans un voyage sonore et émotionnel à travers l’Argentine et ses passions, ses rêves, mais aussi ses blessures. La projection de vidéos et le jeu de lumières soulignaient chaque note, alors que la voix sensuelle et profonde de Claudia Pannone se mêlait à la perfection au bandonéon de Facundo Torres. Nul besoin de comprendre les textes, cette musique est universelle. Emporté par un tourbillon de bandonéon, de piano, de violon, de guitare et de synthétiseurs, le public atterrit dans la capitale argentine au son de «Santa María de Buenos Aires», non sans avoir passé en revue «Tango 3.0», ainsi que les plus grands succès de «Lunático» et de «La Revancha del Tango» avec, en bonus, un titre inédit. Pas de doute: l’alchimie entre le tango, l’électro et la vidéo fait toujours merveille. Gotan Project n’a pas pris une ride en 10 ans.

Julie Bauer © de PuntoLatino


| gotan project | ver anterior entrevista de PL a Gotan Projetct (Zúrich junio 2010).



Julie BAUER, licenciada en historia y lit. española por la Universidad de Ginebra, es redactora de PuntoLatino. Julie ha hecho estudios también en España y se ha desempeñado como periodista en diversos medios suizos. Cubre especialmente las rúbricas culturales tanto de América Latina como de España.








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